25 & 26 septembre 2026 — Paris
France
Pop folk
The Sharp Bones of My Sleep, le dernier album de Perio, intervient sept ans après son précédent, le magnifique et sombre Black Condensed. C'est peu de dire qu'Eric Deleporte ne fait rien à la légère et cela depuis ses débuts avec Perio au milieu des années 90. A l'époque en duo, le groupe navigue entre pop et folk, imprégné par la culture américaine de sa chanteuse Sarah Froning. Ces albums font date avec des pièces comme College Days ou Home To You et sont régulièrement cités parmi les joyaux du label Lithium, véritable matrice du rock français moderne qui comptait également Dominique A, Jérôme Minière ou Diabologum dans ses rangs.
Près de trente ans plus tard, Eric Deleporte n'a rien perdu son savoir-faire pop. Perio a signé 7 albums en un peu plus de trente ans de carrière et ils sont tous marqués par leur finesse, leur intelligence et leur sensibilité. La voix d'Eric Deleporte est immédiatement reconnaissable. Elle donne souvent le sentiment de traîner avant de chercher à gagner les hauteurs, rappelant parfois l'intensité et la fragilité d'un Jason Lytle (Grandaddy). Perio partage avec le groupe américain son goût pour le rêve, pour les harmonies célestes et cette hésitation permanente entre l'intime et les grands espaces.
Accompagné par Etienne Gaillochet (We Insist !) et Tom Rocton (The Married Monks), il s'appuie sur un groupe aussi précis qu'inventif, pour rendre justice à la qualité de ses morceaux. En tournée en 2026 pour promouvoir son nouvel album, son passage au festival Outsiders sera sa première date parisienne depuis longtemps.
Angleterre
Pop perverse
On peut aborder l'histoire de Black Box Recorder par le CV de ses membres. John Moore a remplacé Bobby Gillespie au sein du Jesus and Mary Chain dans les années 80. Luke Haines, en solo et avec son groupe les Auteurs, est l'une des figures les plus importantes du rock anglais de ces trente dernières années. En 1998, les deux hommes ont recruté une chanteuse alors peu connue (et plus jeune qu'eux), Sarah Nixey, pour mener un trio de pop pure et parfaite, mais aux textes volontairement critiques ou évoquant des sujets audacieux comme les mères isolées, le sexe entre ados ou la violence de la classe moyenne britannique.
Avec England Made Me, ils signaient un portrait délicieux et au vitriol de la société anglaise, mélange de délabrement moral et de tradition. On parle alors d'une musique qui mêle la qualité mélodique de Paul McCartney et la tristesse désolée de l'écrivaine Sylvia Plath. Girl Singing in The Wreckage, Ideal Home ou It's Only The End of the World résonnent encore comme des titres parfaits des années plus tard. Le groupe sortira deux autres albums dont le génial Facts of Life qui est d'une beauté et d'une cruauté rarement égalées.
En sommeil depuis 2003, le groupe s'est brièvement réuni pour deux concerts en 2009. Des envies d'y revenir dans une époque qui s'y prête, et le coup de pouce donné par Billie Eilish auprès de la nouvelle génération, ont provoqué une reformation de ce groupe culte et rare. Black Box Recorder est au festival avec une date unique en France. Pas besoin d'en dire plus.
Ecosse
Pop étendue
Présenter Momus en quelques lignes relève vraiment de la mission impossible. Nick Currie est entré « en musique » comme on entre en religion au début des années 80. Il s'est fait connaître sous le pseudonyme de Momus (le dieu grec de la moquerie et du sarcasme) à partir de 1986 et a signé depuis rien moins qu'une quarantaine de disques. Précurseur et inspirateur du courant britpop, pionnier de la synthpop, Momus a aussi taquiné la J Pop, cette pop digitale pour ado qui fait fureur au Japon où il s'est approché assez près d'un succès commercial qui aura toujours été inversement proportionnel à son accueil critique.
Génie de la mélodie à deux ou trois doigts, compositeur parfois controversé pour ses contenus ouvertement sexuels et érotiques, Momus est l'outsider par excellence et l'un des rois du bizarre. Ses textes témoignent d'une culture immense et d'une sophistication inouïe que l'homme a aussi investi dans ses romans comme UnAmerica et le remarquable The Book of Jokes.
Momus a composé avec l'IA, repris récemment sur commande une douzaine de chansons de Michel Polnareff et signé ces cinq dernières années une petite dizaine d'albums qui comptent parmi les meilleurs de sa discographie. Le « David Bowie de l'art-pop underground » se porte en 2026 mieux que jamais et sort de sa réserve parisienne pour donner l'un de ses premiers concerts depuis quelques années.
Etats-Unis
Rock légendaire
Lancé par deux de ses membres comme un side project de Fugazi, le groupe Girls Against Boys devient dès ses débuts un groupe à part entière en intégrant dans ses rangs trois musiciens venus du groupe punk hardcore Soulside, parmi lesquels son chanteur Scott McCloud. Sa voix grave, son allure de beau gosse américain, son énergie et la qualité de ses textes donnent immédiatement au groupe un statut de nouvelle locomotive du rock alternatif américain.
L'album Venus Luxure n°1 Baby (1993), leur deuxième, est une tuerie absolue qui mêle esprit grunge punk et une écriture rock à guitares irréprochable. Ce sont en partie ces années folles, faites d'adrénaline, de grandes tournées internationales, d'excès en tout genre, qui servent de matrice au premier album solo de Scott McCloud sorti au printemps 2026, Make It To Forever.
En tournée dans l'Ouest de la France au printemps, Scott McCloud s'arrête enfin à Paris où il sera accompagné de son ami et compère anversois, Simon Lenski, violoncelliste d'avant-garde, qui devrait amener une densité supplémentaire à un set qui se balade dans sa discographie et le patrimoine américain. L'un des parrains du punk US et étalon or du grunge américain nous rend visite.